Égoïste

Le mot égoïsme est souvent utilisé pour disqualifier un comportement, parfois même une simple intention, comme s’il suffisait de penser à soi pour devenir moralement fautif. Dans beaucoup de situations, ce mot vient clore la discussion, il évite d’entrer dans la complexité de ce qui se joue réellement.

Être égoïste, ce n’est pas simplement se demander ce qui est bon pour soi.

L’égoïsme apparaît lorsque l’autre n’est plus pris en compte, lorsque ses besoins, ses limites ou ses conséquences possibles sont volontairement ignorés.

Il y a égoïsme quand on sait que l’on va blesser, abîmer ou mettre en difficulté, et que cela ne pèse pas dans la décision.

Penser à soi, en revanche, suppose souvent un travail beaucoup plus exigeant qu’il n’y paraît.

Cela demande de reconnaître ce qui est trop lourd, ce qui n’est plus tenable, ce qui use à force d’être accepté par automatisme ou par peur de décevoir.

Cela demande aussi d’assumer que dire non peut provoquer une frustration chez l’autre, sans que cette frustration soit pour autant une injustice.

Il est possible de se choisir sans chercher à gagner aux dépens de quelqu’un.

De poser un cadre sans humilier, sans manipuler, sans faire porter à l’autre la responsabilité de son propre malaise.

De faire un pas de côté sans nier ce que l’autre vit, ressent ou espère.

Ce qui est souvent qualifié d’égoïsme n’est parfois que la fin d’un effacement.

Le moment où une personne cesse de se plier, de s’adapter en permanence, de faire passer les besoins des autres avant les siens au point de s’y perdre.

Et ce changement peut être inconfortable pour l’entourage, parce qu’il modifie des équilibres auxquels chacun s’était habitué.

Réfléchir à soi, prendre en compte ses limites et ses besoins, ce n’est pas refuser l’existence de l’autre.

C’est refuser de se nier soi-même pour préserver une paix apparente.

La frontière n’est pas dans le fait de penser à soi, mais dans la manière dont ce choix se construit, s’explique et se vit avec les autres.

Photo de Annie Essbrok