Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous une petite histoire qui m’a frappé, et qui, je crois, va résonner en vous. Elle vient d’un billet publié sur Substack par un écrivain américain, Alexander Sorondo.
Alors, Substack, c’est quoi ? C’est une plateforme moderne où des auteurs et des penseurs publient leurs textes, un peu comme un blog, mais avec une vraie liberté de ton et un lien direct avec leurs lecteurs. Sorondo y raconte ses lectures, ses réflexions, et dans un de ses billets, il cite une remarque attribuée à Stephen Fry.
Stephen Fry, vous le connaissez peut-être : un écrivain, acteur et humoriste britannique, à la fois brillant et caustique, capable de passer de l’absurde à la philosophie avec une aisance rare.
Et voici ce qu’il dit : « le meilleur restaurant du monde serait celui où l’on vous sert toujours ce qu’une autre personne a commandé — parce que, de toute façon, c’est ce que vous finirez par désirer. »
Je trouve cette image à la fois drôle et profonde. On l’a tous vécue. Vous commandez un plat, vous hésitez, vous attendez… et quand les assiettes arrivent, c’est celle de votre voisin qui paraît irrésistible.
Sorondo en tire une métaphore : la richesse de la vie se trouve dans les expériences qu’on n’aurait pas choisies soi-même. Autrement dit, dans les surprises, dans les détours, dans ce qui vient de l’extérieur.
Mais allons un peu plus loin ensemble.
Expérimenter la nouveauté dans la vie quotidienne
Prenons des exemples simples.
- En voyage : vous avez prévu de visiter un musée précis, mais il est fermé. À la place, vous entrez dans une petite galerie locale. Et là, vous tombez sur une œuvre qui vous bouleverse, que vous n’auriez jamais découverte autrement.
- Dans les relations : vous allez dîner chez des amis, vous vous attendiez à une soirée classique, et puis un invité imprévu est là. La conversation prend un tour différent, et vous repartez avec une nouvelle amitié.
- Au travail : vous postuliez pour un poste précis, mais on vous propose une mission un peu différente. Sur le moment, vous hésitez… et finalement, c’est cette mission qui vous ouvre une carrière inattendue.
Ce sont ces “assiettes surprises” de la vie qui, rétrospectivement, deviennent souvent nos plus beaux souvenirs.
Les forces que cela demande
Oser accueillir ces nouveautés, cela demande des forces de caractère. La curiosité, d’abord : ce petit feu intérieur qui s’allume quand quelque chose ne correspond pas à vos habitudes. Le courage aussi, parce que l’inconnu a toujours une part de risque. Et la souplesse d’esprit : accepter que ça ne corresponde pas à l’idée qu’on s’en faisait, mais que ça peut être enrichissant malgré tout.
Comme l’écrivait Montaigne : « Qui craint de souffrir, il souffre déjà de ce qu’il craint. » Autrement dit, si vous avez peur de la nouveauté, vous vous condamnez à souffrir deux fois : de la peur, puis du manque de découverte.
Les valeurs et les besoins derrière cette ouverture
La valeur centrale, ici, c’est la croissance. Grandir, non pas en accumulant des choses, mais en élargissant ses horizons. On pourrait y voir aussi une forme de liberté : la liberté de ne pas rester enfermé dans ses choix initiaux. Et enfin une confiance, confiance que l’inconnu peut vous apporter du bon.
Ces élans répondent à des besoins très concrets. Le besoin de stimulation, pour que la vie ne s’épuise pas dans la répétition. Le besoin de sens, pour donner une place à ce qui nous arrive. Et le besoin d’une certaine sécurité, car il faut un socle solide pour oser l’inconnu.
Les désirs en jeu
Et puis il y a les désirs : le désir d’être surpris, de se sentir vivant ; le désir de progresser, de s’enrichir intérieurement ; et le désir de connexion, parce que souvent, c’est par les autres que ces nouveautés arrivent jusqu’à nous.
Nietzsche le disait à sa manière : « Il faut encore avoir du chaos en soi pour accoucher d’une étoile dansante. » Le chaos, c’est ce qui bouscule nos plans, ce qui n’était pas prévu. Et c’est souvent là que naissent nos plus belles “étoiles dansantes”.
Alors, finalement,
Ce restaurant imaginaire de Stephen Fry n’est peut-être rien d’autre qu’une métaphore de la vie elle-même.
La vie ne nous sert pas toujours ce qu’on avait commandé. Mais si nous savons accueillir ces plats inattendus, avec curiosité, courage et souplesse, alors nous découvrons des saveurs insoupçonnées.
La prochaine fois que vous serez tenté de regretter votre choix en regardant l’assiette d’à côté, souvenez-vous de cette image. Peut-être que ce que la vie vous a servi aujourd’hui est exactement ce qu’il vous fallait, même si vous ne l’aviez pas commandé.
